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Une exposition personnelle d'Stephen Felton
Du 6 juin au 13 juillet 2019



C'est un cliché de dire qu'une oeuvre doit apparaître comme réalisée sans effort. Le sentiment d'aisance qui se dégage du travail de Stephen Felton porte ici une nouvelle étape. Le travail est évidement souvent exécuté rapidement. La vitesse est constitutive de la spontanéité que traduit le travail. La qualité d'immédiateté et de naturel montre une apparente simplicité, un axiome pervers propre à Felton «Ce que vous voyez est ce que vous voyez». Cela rend ainsi difficile le travail d'écriture . Il y a cette idée où rien n'existe en dehors des modalités de ce qui se trouvent sur la toile: très peu de relations formelles ou narratives à définir. La seule manière d'entrer dans l'analyse de l'œuvre, est par la relation établie entre l'œuvre et son spectateur depuis l'iconographie déroutante de l'artiste et la perception de rapidité et l'immédiateté que la gestuelle traduit.

Ce n'est pas seulement la spontanéité que Felton éprouve dans son travail, Il le met en balance avec son apparent contraire, la structure. Cela est vrai, tant dans l'acte de faire que, dans l'expérience du résultat pour le spectateur. Dans ses travaux antérieurs, ces éléments coéxistaient dans une tension productive et soigneusement orchestrée: un élément toujours à la limite du point de rupture du second. Toutefois, dans les dernières travaux exposés à la galerie Valentin à Paris, ils coexistent désormais en harmonie. Tandis que souvent, dans les œuvres anciennes, la toile détermine un espace singulier dans lequel se joue la scène. Dans cette nouvelle série, Felton inscrit des espaces pseudo-géométriques, de formats et proportions différentes, jusqu'aux limites des bords du tableau.

Ces espaces ne fonctionnent ni comme les cases de bandes dessinées illustrant les temps d'une narration, ni comme référence à la peinture en tant que système structurel comme souvent dans ce contexte. Au contraire, ils sont ambigus et énigmatiques tels que les motifs de Felton opèrent normalement. Tandis qu'ils accomplissent un travail de composition en segmentant les différentes parties de la toile, ils distinguent les régions du tableau les unes des autres. Basiquement, les formes de Felton déterminent et délimitent l'espace, ce qui fut toujours leur premier rôle dans la création de signes à l'intérieur des tableaux de Felton, déplaçant le geste élémentaire. La confiance dans l'exécution du geste les distingue définitivement de signes fortuits auxquels ils pourraient ressembler, tout en conservant un sens de l'immédiateté et de légèreté.

Les formes présentes dans les tableaux les plus récents sont souvent de cryptiques juxtapositions de symboles. Elles établissent plus un aspect de lecture que les formes plus strictement graphiques des précédentes œuvres. Elles semblent à la fois anciennes et éminemment contemporaines relevant de l’ubiquité du vocabulaire lexical digital. Certaines sont familières de précédents travaux: soleils en demi-sphère, arcs-en-ciel en cascade, formes dentelées qui rappellent des montagnes, progressions étagées, pour n'en citer que quelques-unes. Une lutte entre elles parfois les rapproche, parfois les sépare créant d'énigmatiques relations. Comment lire le compartimentage de certains motifs? Ce qui semble clair, c'est qu'on ne peut accorder trop d'importance à ces choix de composition. Pourtant ils sont néanmoins provocateurs.

Comme d'autres l'ont écrit de l'iconographie de Felton, elle est toujours aléatoire. Il négocie par flottement de signes malléables. Il invite le spectateur à établir un certain type de relation avec la peinture, plus qu'à décoder des informations spécifiques. Nous sommes invités à "lire"dans la composition de Felton. C'est par extension l'intérêt de longue date de l'artiste pour la littérature et la narration. C'est une partie de l'expérience du travail de Felton, en particulier dans ses expositions muséales, qui s'inspiraient souvent d'une narration ou d'un livre particulier. Par exemple, il a pris pour référence «Moby Dick» d'Herman Melville ou «Scenes from the Life of a Faun» d'Arno Schmidt, pour ne citer que celles-ci.

Un élément clé du travail de Felton est l'échelle. Ses peintures ont l'intimité du dessin, véhicule principal de l'imagerie de Felton, même s'il utilise un pinceau plutôt qu'un crayon. Felton commence souvent par des dessins, ce qui lui permet d'essayer des motifs et des compositions. Un fait important est que la majorité des tableaux de Felton sont grands. Ils conservent l'intimité de l'idée de la chose dessinée, mais la transpose à une échelle beaucoup plus importante que celle de ses œuvres sur papier. En effet, un des enjeux de son travail est liée à cette échelle. Il y ajoute un élément d'étrangeté, transposant ce qui, à petite échelle, peut en effet sembler des tracés fortuits, à une chose qui semble "surdimensionnée". C'est l'une des raisons qui nous pousse à passer du temps devant un tableau de Felton. Nous voulons comprendre ce qui nous fait face, et continuer à sonder ses toiles qui nous défient, nous séduisent et nous troublent à la fois. Alex Bacon (Traduit de l'anglais)